Cinq questions pour préparer la consultation sur Notre Dame des Landes

Nous n’abordons pas ici le débat sur les enjeux techniques et scientifiques du projet (saturation de l’aérogare, bruit, sécurité, biodiversité…) qui ont été amplement développés par ailleurs, et sur lesquels le dialogue est difficile. C’est à la lumière de Laudato si que nous aborderons prioritairement des thèmes sur l’usage des fonds publics, l’emploi, nos ressources naturelles et la démocratie. A côté de ces enjeux, le sujet de la zad est également ouvert.

La gestion du bien commun

Le projet de nouvel aéroport contribue-t-il à utiliser au mieux les ressources budgétaires, limitées, et à les utiliser pour le bien commun ?

 « Le climat est un bien commun » LS 23, « C’est « l’ensemble des conditions sociales qui per­mettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée » LS 156,  « Le bien commun exige aussi le bien-être social » LS 157, « La notion de bien commun inclut aussi les générations futures. » LS 159.

L’utilité publique du projet est contestée : la piste n’est pas saturée, et l’aérogare peut être adaptée pour gérer les afflux ponctuels de passagers.

Le coût du projet global est estimé à plus d’un milliard € selon les promoteurs eux-mêmes, sans tenir compte des dépassements habituels sur ce type de projet, dont la moitié serait à la charge des fonds publics (26 % pour l’État, 23 % pour les collectivités locales).

Le coût de de la modernisation de l’aéroport actuel et de la desserte par tramway s’élèverait à environ 200 millions € selon l’atelier citoyen.

L’argent économisé pourrait par exemple être avantageusement utilisé pour un vaste projet d’isolation des bâtiments de l’agglomération nantaise, ce qui répondrait bien mieux aux exigences écologiques et qui serait davantage créateur d’emploi.

 

Ces perspectives ne sont-elles pas plus raisonnables ?

 

Justice et solidarité : l’emploi

Le projet de nouvel aéroport permettra-t-il de développer de l’emploi ?

Il est nécessaire que « l’on continue à se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail…pour tous » (LS 134).

Le projet entraînerait le déplacement des 1 850 personnes travaillant  directement dans ou avec l’aéroport, et rien n’est prévu à ce jour  pour leur relogement ou leurs transports. Les promoteurs annoncent la création de 800 à 1 000 emplois par million de passagers supplémentaires, mais calculées sur des bases d’aéroports de catégorie différente

Le développement nécessaire de l’emploi ne passe plus, selon nous, par l’accroissement des échanges internationaux et l’augmentation d’un échange inégal, et injuste, avec les autres continents. Il s’agit d’une conception dépassée.

« Pour que surgissent de nouveaux modèles de progrès nous devons convertir le modèle de développement global » (LS 194). « L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. Benoît XVI affirmait également : ‘ il est nécessaire que les sociétés technologiquement avancées soient disposées à favoriser des comportements plus sobres, réduisant leurs propres besoins d’énergie et améliorant les conditions de son utilisation’ » (LS 193).

Les solutions ne seraient-elles pas plutôt une relocalisation de l’activité et de l’emploi, et un choix de modération dans l’usage du transport aérien pour nos loisirs ?

 

Notre maison commune

Nos ressources naturelles seront-elles mieux préservées avec ce projet ?

Les promoteurs considèrent que la densification de l’habitat sur le sud de Nantes qui serait favorisée par le déménagement de l’activité passager de l’aéroport, permettrait de loger plus d’habitants et d’éviter le développement des constructions en zones rurales, donc protègerait les espaces naturels.

Selon la direction de l’aviation civile, la zone concernée par l’emprise de l’aéroport actuel pourrait accueillir au plus 17 000 habitants sur une période de 20 ou 30 ans, alors que l’agglomération a construit 7 400 nouveaux logements par an entre 2004 et 2013, de quoi héberger  17 000 habitants chaque année. Ceci suppose en outre d’accepter que la ville doive continuer de croître sans limite, et qu’il faudra toujours trouver de nouveaux espaces pour sa croissance démographique

D’autre part, comment imaginer détruire 2000 ha de zone agricole et naturelle qui abrite des pâturages et des cultures : une des premières sources de production laitière de la L.A.et menacer par ailleurs le lac de Grandlieu par une urbanisation  trop proche,  beaucoup plus risquée pour le lac que le maintien de l’aéroport[1].

Comment ne pas protéger une zone-éponge centrale à 2 bassins versants et notamment celui venant sur Nantes où déjà, il est difficile d’empêcher les inondations aux abords de Nantes lors des inondations à proximité de l’Erdre créant presque chaque année des perturbations aux usagers des routes rejoignant la ville.

 « La disparition de forêts et d’autres végétations implique en même temps la disparition d’espèces qui pourraient être à l’ave­nir des ressources extrêmement importantes » LS 25

« Les routes, les nouvelles cultures, les grillages, les barrages et d’autres constructions prennent pro­gressivement possession des habitats, et parfois les fragmentent de telle manière que les populations d’animaux ne peuvent plus migrer ni se déplacer librement, si bien que certaines espèces sont me­nacées d’extinction. » LS 35

Devant l’insuffisance manifeste de la solution d’un nouvel aéroport, ne serait-ce pas d’une politique d’aménagement du territoire urbain et périurbain véritablement nouvelle dont nous avons besoin ?

 

Démocratie

Les quatre critères définis dans Laudato si sont-ils respectés ?

 « Une étude de l’impact sur l’environnement ne devrait pas être postérieure à l’élaboration d’un projet de production ou d’une quelconque politique, plan ou programme à réaliser. Il faut qu’elle soit insérée dès le début, et élaborée de manière interdisciplinaire, transparente et indépendante de toute pression économique ou politique » (LS 183).

« Quand d’éventuels risques pour l’environ­nement, qui affectent le bien commun, présent et futur, apparaissent, cette situation exige que ‘ les décisions soient fondées sur une confrontation entre les risques et les bénéfices envisageables pour tout choix alternatif possible’ » (LS 184)

Transparence : les calculs préalables à la déclaration d’utilité publique de 2007 et qui fondent cette déclaration ne sont toujours pas diffusés, malgré des avis favorables de la commission d’accès aux documents administratifs.

Indépendance : les études ont été commanditées et contrôlées par l’administration ou Vinci, sans participation d’autres partenaires.

Interdisciplinarité : les études ont été commanditées soit à des bureaux d’étude, soit à l’administration, sans faire appel aux compétences disponibles à l’université, parmi les habitants de la zone etc. Les études menées par des universitaires sur la zone ont montré les nombreuses lacunes des travaux des cabinets d’étude.

Options alternatives : les questions posées par le récent rapport des ingénieurs du Ministère de l’environnement[2], étudiant les alternatives possibles, ne sont pas intégrées dans la consultation.

De même, des études menées par les opposants ont été publiées pour avis contradictoire et restent aujourd’hui sans réponse aux arguments avancés.

Pour être crédible, l’ensemble du projet ne devrait-il pas être entièrement revu en appliquant réellement ces quatre critères ?

 

La question de la zad

Une autre question est liée au dossier de l‘aéroport, même si elle ne fait pas l’objet de la consultation, c’est le devenir de la zad, « zone d’aménagement différé » renommée « zone à défendre », où résident tant des habitants et exploitants historiques, que des occupants sans titre arrivés ensuite.

La détermination à habiter et vivre sur place est réelle pour chacun. Aujourd’hui, la cohabitation avec les occupants est bien vécue par certains voisins, mais difficilement par d’autres et souvent médiatisée de façon négative. Certains actes sont commis que nous déplorons fortement.

Les « zadistes » sont divers, radicaux pour certains ou à certains moments, ouverts et accueillants pour d’autres, à l’initiative d’expérimentations concrètes diverses. Il s’y vit ainsi mise en culture des terrains, entraide avec les paysans et les populations en difficulté sur la région nantaise, invention d’une vie sans échanges marchands… Il y a là des signes de la recherche de l’émergence d’un monde nouveau. Soyons à l’écoute, avec exigence et bienveillance : ne sont-ils pas un signe de ce que promeut le pape François ?

 « La li­bération par rapport au paradigme technocratique régnant a lieu, de fait, en certaines occasions, par exemple, quand des communautés de petits pro­ducteurs optent pour des systèmes de production moins polluants, en soutenant un mode de vie, de bonheur et de cohabitation non consumériste » (LS 112)

« Ce qui arrive en ce moment nous met de­vant l’urgence d’avancer dans une révolution cultu­relle courageuse […]. Personne ne prétend vouloir retourner à l’époque des cavernes, cependant il est indispen­sable de ralentir la marche pour regarder la réalité d’une autre manière, recueillir les avancées posi­tives et durables, et en même temps récupérer les valeurs et les grandes finalités qui ont été détruites par une frénésie mégalomane. » (LS 114)

N’avons-nous pas à accueillir et accompagner ce qui est de fait une recherche d’une vie libérée du « paradigme technocratique » que dénonce le Pape François, recherche qui n’est pas exempte d’essais et d’erreurs, d’excès et de réussites ?

D’autres chrétiens ne posent pas les questions dans les mêmes termes, et ont des réponses différentes, ce texte a pour vocation de nous aider à dialoguer avec eux, et avec d’autres. Nous ne pourrons avancer que dans le dialogue respectueux de tous.

 

Sources

Contre l’aéroport

Acipa, Consultation du 26 juin

Atelier citoyen Réaménagement de Nantes Atlantique

Acipa  Emploi , Financement du projet , Urbanisme, Démocratie

Le collectif des élus contre l’aéroport, les naturalistes

Pour l’aéroport

Le syndicat mixte aéroportuaire

Le site des Ailes pour l’Ouest

Zad Nadir : Ce qu’est la zad, et défendre la zad

 

[1] Note de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) du 9 septembre 2014

[2] Étude sur les alternatives pour le développement aéroportuaire du Grand Ouest, 5 avril 2016, Ministère de l’environnement

 

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3 réflexions sur “Cinq questions pour préparer la consultation sur Notre Dame des Landes

  1. A lire et découvrir avec beaucoup d’attention, ce site très intéressant qui montre que l’opposition à NDDL se transpose dans beaucoup de cas de figures insoupçonnés. Cette réflexion nous convient d’autant mieux qu’elle aborde la question de NDDL sous un nouvel angle, en dehors des questions habituelles sur la saturation de N.A., le bruit, l’Aérogare…. mais sous un aspect de solidarité, de démocratie, d’humanité… et montre que là aussi beaucoup de choses sont à mettre en lumière dans le calme et la transparence.

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  2. Quand le dialogue a eu lieu et vous l’avez promu, bravo, il faut à la fin savoir choisir.
    Hans Jonas nous dit qu’à l’éthique du prochain (du proche, du court terme), il faut aujourd’hui préférer l’éthique du lointain, celle que les parents, dans un réflexe archaïque et vital, font pour leur enfant, le choix d’un futur étranger mais souhaitable.
    Que vive longtemps Notre Dame des Landes dans sa vitale biodiversité !

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  3. je partage les arguments ci-dessus, l’argent économisé à l’usage de logements pr les démunis les familles qui dorment ds la rue et l’accueil des migrants

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